Vues sur le Quai...

 

 

Lorsqu'on pense à Maigret, quelques images surgissent pour tout maigretphile qui se respecte: une pipe, un chapeau, une bière, une blanquette... On a aussi en tête quelques images de lieux: un quai de gare, un bureau où fume un poêle, un appartement du boulevard Richard-Lenoir où flotte l'odeur d'un ragoût mijoté, un trottoir mouillé de pluie dans une rue de Montmartre... Quoi d'autre ?
Laquelle, de toutes ces images, sera choisie de préférence par un réalisateur lors du tournage d'une série consacrée au commissaire ? En fait, peut-être aucune de toutes celles-là... Car il est une image, au surplus très photogénique, qui évoque immédiatement pour le téléspectateur le contexte d'une enquête maigretienne: c'est une vue sur le 36 du quai des Orfèvres, et en particulier la tour d'angle du bâtiment, qu'on a parfois surnommée la "tour pointue".
Paradoxalement, Simenon, dans ses romans de Maigret, ne mentionne jamais cette tour, qui aujourd'hui est l'emblème du Quai et de la PJ, mais qui ne fut bâtie qu'en 1911 en ajout au bâtiment de la police... D'ailleurs, il est à noter que, si Simenon décrit en détails l'intérieur de ce bâtiment, cour, escalier poussiéreux, couloir où s'ouvrent les portes des bureaux, salle d'attente et combles abritant le service de l'Identité judiciaire (voir ce texte), il ne fait aucune description de l'extérieur du bâtiment, à peine apprend-on que la voûte d'entrée est toujours glacée, et que Maigret salue de la main, quand il arrive à la PJ, les deux agents en faction de chaque côté de la porte du 36.
Comprenons que l'important, pour Simenon – et pour Maigret – est l'atmosphère de l'intérieur de la PJ, où le commissaire concentre son activité quand il ne rôde pas dans les rues de la capitale... La PJ et le Quai, c'est les sandwiches avalés pendant d'interminables interrogatoires, c'est le bureau enfumé où Maigret offre un cognac de réconfort à un suspect harassé, c'est le laboratoire-repaire de Moers où on décortique les indices du crime, bref, tout est vu "de l'intérieur", et le bâtiment du 36 n'est que l'enveloppe à l'aspect insignifiant d'un théâtre interne de recherche du sens...
Lorsqu'on parcourt le corpus, les seules indications données sur le bâtiment concernent les fenêtres, dans les rares cas où Maigret, du pont Saint-Michel, lève le regard sur la façade où on voit briller les lampes allumées dans les bureaux. Ces fenêtres aussi, pour Maigret, sont plus importantes dans leur utilisation depuis l'intérieur, c'est-à-dire depuis son bureau, puisque c'est par là que lui parviennent les bruits de la rue, les odeurs de la saison, et les vues sur la Seine et l'animation du pont Saint-Michel.
Dans la série télévisée, pour situer le contexte, on use au contraire plus souvent de l'image du Quai et de sa tour, mais on n'en abuse pas (on ne trouve de telles images que dans 27 épisodes sur les 70 que j'ai recensés), car, comme aucune description n'en est faite dans les romans, un lien inexistant entre l'histoire du livre et la trame de l'épisode ne se justifierait pas. Le rôle de cette image est donc essentiellement de situer l'action, et d'indiquer par exemple que Maigret est de retour au bureau après une investigation sur les lieux du crime ou chez un suspect.
Les images de l'extérieur de la PJ, dans la série, qu'elles montrent un plan large sur le 36 ou un plan plus resserré sur la "tour pointue", sont essentiellement prises depuis trois angles:
* une vue depuis l'angle de la rue de Harlay et du quai des Orfèvres
* une vue, comme dans les "cartes postales" classiques, depuis le Pont-Neuf
* une vue depuis le pont Saint-Michel.
Passons en revue ces images, dans l'ordre chronologique des épisodes.

 

Première partie: de Cécile est morte à Maigret se fâche: les épisodes en noir et blanc

La moitié de ces 18 premiers épisodes se passent hors de Paris, on n'y verra donc pas d'images du Quai. Pour les 9 épisodes se passant à Paris, seuls 5 montrent des images de l'extérieur de la PJ (dans les 4 autres, on voit parfois une image de l'intérieur, comme le bureau de Maigret). C'est sur les premiers épisodes que se rencontrent le plus d'images: il faut situer le contexte, plonger le téléspectateur de 1967 qui découvre cette nouvelle série dans l'ambiance idoine, et on va donc montrer plusieurs images du bâtiment de la PJ, lieu de travail ordinaire du commissaire.

 

Cécile est morte

Le début de l'épisode: Maigret sort de l'escalier du métro sur la place Saint-Michel: on découvre la vue sur le bâtiment de la PJ

plan suivant, rapproché sur le bâtiment

plus tard dans l'épisode: une autre vue sur le bâtiment, prise depuis la même place
Deux vues prises depuis le Pont-Neuf, celle de droite clôt l'épisode

 

La tête d'un homme
Deux vues très semblables à celles de l'épisode précédent, au point que l'on se demande si les images n'ont pas simplement été réutilisées pour cet épisode-ci...

 

Signé Picpus
Le générique du début se déroule sur une image de la PJ vue depuis le pont Saint-Michel.
Une image - de nuit - de la "tour pointue" depuis l'angle de la rue de Harlay, avec une fenêtre éclairée, qu'on imagine pouvoir être celle du bureau de Maigret...
Les images sur lesquelles se déroulent la fin de l'épisode, lorsque la voix off du narrateur raconte ce qui arrive à chacun des protagonistes: la caméra se déplace lentement de gauche à droite sur la vue du Quai.

 

Maigret et son mort
Générique de début sur image de la "tour pointue"
Où l'on retrouve des images introductives semblables à celle du premier épisode...

 

Maigret

La "tour pointue".

Après sa visite infructueuse au commissaire Amadieu, Maigret s'éloigne du Quai...

 

suite des images: